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Mise en réseau des FabLabs

Qu'est-ce que la "Mise en réseau des FabLabs" ?

L’homme est homo faber autant qu’homo sapiens : fabriquer est dans sa nature. L’outil et l’intelligence se sont développés conjointement, c’est-à-dire que l’intelligence est née pour et par la manipulation des choses matérielles. Dans cette pratique, il y a concomitance de l’action et de la pensée : la main qui fait et le cerveau qui pense habitent le même corps. Un appauvrissement fondamental de la fonction de faire est apparu lorsque la liaison a été rompue entre le cerveau et la main. Le fait que le plan est pensé d’un côté, la fabrication réalisée de l’autre, par des personnes différentes, a engendré souffrance et perte de créativité.

Ce que l’on observe dans un FabLab comme celui de Neuchâtel, c’est un retournement de cette tendance : la même personne développe et fabrique, avec deux effets immédiats :
  1. la rétroaction vers la conception (tiens ! j’aurais dû dessiner cette pièce comme ceci plutôt que comme je l’ai fait) ;
  2. la satisfaction de la réussite une fois la pièce terminée, et donc une créativité accrue.

Un des rôles des FabLabs est donc de mettre à disposition les nouveaux dispositifs de fabrication numérique et de disséminer la connaissance de leur utilisation : maîtrise des outils de modélisation 3D et du chemin qui mène du «bit» à l’«atome», c’est-à-dire le transfert du modèle numérique vers l’imprimante 3D, la découpeuse numérique, etc.

Pourquoi est-ce fondamental ?

Parce qu’en sortant la fabrication des usines, on sort également la créativité des bureaux d’études et des labos universitaires, ce qui revient tout simplement à un «empowerment» général de la population, et donc à un décuplement des forces créatives disponibles. Cela s’est passé avec le numérique «immatériel»: des développeurs des logiciels libres aux nouveaux artisans développant des applications pour smartphone ou des outils informatiques online, une foule de nouveaux entrepreneurs a pu voir le jour, tout simplement parce que les moyens de productions et de distributions sont devenus accessibles.

Le même scénario est en train de se produire dans le monde physique des objets: un nouveau modèle de conception/fabrication/diffusion d’objets émerge et se développe inexorablement. Tout ceci libère l’entrepreneuriat individuel qui avait été mis à mal par la difficulté d’accès aux outils de fabrication.

L’autre grande force des FabLabs est celle de mettre en relation des typologies de personnes qui ne se rencontrent généralement pas, ou peu : relations horizontales créées entre les étudiants et les chercheurs de différents domaines ; entre les milieux universitaires et l’industrie ; entre les arts et les technologies, permettant aux artistes de découvrir les technologies numériques ; entre les générations. L’exercice de l’intelligence n’est pas solitaire. Comprendre quelque chose c’est aussi entrer en intelligence avec quelqu’un. Le double sens du mot intelligence n’est pas un hasard.

Nous proposons d’étendre ces mises en réseaux, internes à chaque FabLab, à tous les FabLabs et structures de créativité (existants ou futurs) du territoire de la Communauté du Savoir. Nous proposons également que ce réseau devienne le lien naturel de tous ces territoires pour ce qui est des questions de créativité et d’innovation. Les FabLabs et centres de créativité deviendront les « portes » de cette communauté. Ils offrent en outre l’avantage d’être neutres, entre industries et universités, entre économie publique, économie privée et économie collaborative, un territoire commun ou tout le monde se sent à l’aise pour interagir.